Le Piège de la Nostalgie : Ne laissez pas les bons souvenirs ruiner votre avenir de joueur

Publié par Éditeur de presse le 25/05/2016 dans Editos

Comme tu me manques, mon vieux copain. Tu es entré dans ma vie tel un parfait inconnu, mais tu as laissé une empreinte plus profonde que n’importe qui. Même après toutes ces années, tu ne cesses de me surprendre avec ton exubérance enjouée et ton sens de l’aventure. Même si les tensions de la vie d’adulte ont rendu nos rendez-vous trop rares, quand nous parvenons à nous en libérer, c’est comme si nous étions à nouveau enfants. Et tu sais quoi ? En ce moment, je ne voudrais être nulle part ailleurs qu’ici avec toi.

J’actionne un interrupteur et une mélodie emplit la pièce suivie du bruit sourd des sabots d’un cheval qui traverse un champ verdoyant. Alors que la lune cède la place au soleil, les mots “The Legend of Zelda Ocarina of Time” apparaissent sur les vertes collines… et avec eux, un sentiment de pure nostalgie.

En remontant le mobile des souvenirs

Comment décrire avec exactitude la nature paradoxale de la nostalgie ? D’un côté, le désir mélancolique de revenir dans des lieux ou moments passés est teinté des bouffées de bonheur apportées par les bons souvenirs, les moments formateurs et les émotions marquantes. De l’autre côté, sous la surface, remonter les allées de la mémoire a un goût doux-amer. Cela nous rappelle tristement que ces moments privilégiés sont terminés et que rien ne dure éternellement. Que le mot “nostalgie” vienne du grec n’est donc pas surprenant, car il signifie littéralement “la tristesse du retour.”

Quand je reste éveillée la nuit à fixer chacune des aspérités de mon plafond, il n’est aucun domaine de mon cerveau que j’aime autant revisiter que les souvenirs d’une époque plus simple – quand je n’étais qu’une petite fille avec ses jeux vidéo. Je chéris les éléments concrets qui ont survécu aux changements opérés par mon esprit, des moments comme la première grande décision de ma vie, celle d’une petite fille de 8 ans : Salamèche, Carapuce, ou Bulbizarre ou le jour où Final Fantasy VIII m’a fait pleurer. Je me souviens d’avoir supporté les interminables exclamations de Peppy Hare : “Fais un tonneau !”, et de ma stupeur lorsque Samus Aran quitte son armure et se révèle être une héroïne. Au fil du temps, les détails complexes d’un jeu peuvent s’effacer de la mémoire, mais on n’oublie jamais ce qu’on a ressenti.

Et ainsi, l’étrange émotion capricieuse que nous appelons nostalgie possède un pouvoir qui lui est propre et qui amplifie le plus réconfortant, le plus émouvant et le plus significatif des moments de jeu et même plus. Les belles émotions deviennent encore plus belles au cours du temps et les souvenirs d’enfance trouvent de nouvelles significations plus tard dans la vie. La nostalgie exacerbe les sentiments les plus importants de notre passé et leur injecte de l’ocytocine. L’ocytocine c’est “l’hormone de l’amour”, au fait. Repensez au premier jeu vidéo que vous avez terminé. Vous ressentez cette douce chaleur dans la poitrine ? Voilà la nostalgie dans toute sa splendeur.

Les premières expériences de jeu comme celles-ci se glissent dans des recoins de nos esprits et s’enfouissent profondément dans nos cœurs. On élève ces moments sur un piédestal intouchable, qui recueille l’amour et l’admiration par-dessus tout. Bien que le parfum sucré du souvenir puisse être vraiment agréable (ou déprimant selon à qui on pose la question), l’image d’une époque révolue alimentée d’années de joie n’est peut-être pas la représentation la plus fidèle du passé. Comme nous le savons, la mémoire est loin d’être fiable.

Rose colored glasses

La vérité idéalisée.

La poétesse Michelle K a dit: “La nostalgie est une vilaine menteuse qui s’acharne à soutenir que les choses étaient mieux qu’elles ne le semblaient.” Dur. Je préfère la conclusion de l’écrivain Doug Larson qui affirme que : “La nostalgie est une lime qui adoucit les aspérités des bons vieux jours.” Une conviction bien plus sage.

Vu de loin, il est facile d’idéaliser le passé. Vous vous rappelez de cette console en forme de brique… la Game Boy ? Se trimbaler sa fidèle console (ainsi que des piles de rechange accompagnées d’un accessoire lumineux pour jouer le soir) était un mal nécessaire pour presque tous les gamins des années 90. Aucune poche de pantalon ne pouvait loger tout cet équipement, sans oublier que l’écran unicolore de la Game Boy, avec ses nuances de vert, était connu pour être difficile à regarder. Cependant, il arrive encore que cette horreur volumineuse me manque. Si seulement la dernière version de la 3DS de Nintendo avait le même charme irrésistible que son ancêtre technologique. La 3DS a une fonction 3D ! Elle est meilleure en tous points, pourtant je préfère ma vieille camarade d’école à sa cousine perfectionnée. En deux mots, je n’aimerai jamais autant une console portable que j’ai aimé la Game Boy.

Et voilà le hic. La nostalgie ne nous ment pas forcément. Certes, les joyeux souvenirs d’enfance où l’on sauve des princesses et l’on collecte des pièces ont une valeur inestimable, mais les souvenirs étouffés par la nostalgie peuvent être exacerbés ou embellis quand la relation d’une personne avec son expérience de joueur éclipse sa véritable signification. Mais qui s’en soucie ? Il s’agit de votre propre examen rétrospectif alors qui se soucie des expériences de jeu qui font partie de votre top 10 et pourquoi ?

Le problème se pose quand on est incapable de faire la part entre une appréciation authentique et de la nostalgie. Quand on apprécie un jeu du passé sans aucune justification, ou que de l’autre côté, on sous-estime un nouveau jeu, cela peut ruiner toute chance de découvrir avec objectivité tous les produits actuels ou futurs. Autrement dit, si vous êtes convaincu d’avoir connu l’apogée, le nec plus ultra de ce que les jeux vidéo ont à offrir, vous ne pourrez être que déçu. Et c’est juste déprimant.

Retro-Feature

Le piège de la nostalgie

On accepte particulièrement difficilement d’être déçu dans le monde du jeu vidéo. Endurer d’innombrables retards, patienter des années pour quelques nouvelles au sujet d’un jeu attendu, sans parler des annulations (je parle de toi Mega Man Legends 3), est quelque chose d’insupportable. Pire encore, il peut arriver que le jeu tant attendu arrive enfin sur les rayons des magasins à grand renfort de battage médiatique pour faire un flop.

Si vous en êtes au point où vous êtes convaincu que rien ne suscitera la même joie que lorsque vous jouiez dans votre enfance – enchaîner des combinaison avec une précision meurtrière dans Street Fighter II ou esquiver furtivement les fantômes Blinky, Pinky, Inky et Clyde dans Pac-Man – vous êtes très certainement tombé dans le piège de la nostalgie : un état dans lequel un joueur a de telles exigences que chaque nouveauté, qu’elle soit un jeu ou une idée, est perçue comme triviale ou inférieure en comparaison. Ceci peut découler d’une admiration de certains de vos premiers jeux, d’une rupture avec les jeux contemporains, ou d’une combinaison des deux. Les effets ? On devient ce joueur grincheux qui s’emporte en proclamant que tout était tellement mieux avant, ce joueur aigri qui se pose en juge de la valeur des jeux vidéo. Personne ne veut être la joueuse négative ou le joueur qui sait tout, ce n’est pas beau à voir.

À dire vrai, nous avons probablement tous adopté des généralisations qui diabolisent le jeu moderne au profit des bons vieux jours à un moment ou à un autre. J’ai sans nul doute succombé au chant colérique du piège de la nostalgie auparavant, particulièrement en ce qui concerne certaines de mes franchises préférées. Des sentiments comme : “Pourquoi feraient-ils une nouvelle version de Final Fantasy 7 ? Elle ne sera jamais aussi bien que l’originale.” Et : “Ça fait des années que la série Zelda se détériore.” Quand je sens une tirade remonter à la surface, je canalise Yoda, le maître Jedi qui enseigne que : “La peur est le chemin vers le côté obscur. La peur mène à la colère. La colère mène à la haine. La haine mène à la souffrance.” Les jeux vidéo sont censés être un loisir, après tout… pas le chemin vers le mal.

Forte de mes presque 20 ans à jouer aux jeux vidéo, je crois sincèrement qu’aucun jeu ne peut atteindre le niveau de maîtrise RPG de Chrono Trigger ou le genre de révolution introduite par GoldenEye 007. Donkey Kong Country a contribué à faire de Nintendo le favori dans la guerre des consoles de quatrième génération et Metal Gear Solid a introduit un scénario si profond qu’il en a donné le vertige aux joueurs. C’est la fierté et non l’arrogance qui détermine que l’on apprécie autant ces classiques. Ce sont des jeux comme ceux-ci qui ont modelé le paysage du jeu vidéo tel qu’on le connaît, et ils méritent tout notre respect. Cependant, la différence est que l’affection particulière que j’ai pour les héros des jeux vidéo de mon enfance (en général) n’influe pas sur mon engouement pour les jeux à venir. On peut rendre hommage au passé ET accueillir tout ce que les nouveautés du monde du jeu vidéo ont à offrir. Il suffit d’un peu d’optimisme.

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Se faire de nouveaux amis mais garder les anciens

Il est tout à fait possible d’honorer les souvenirs du passé sans juger de façon inéquitable et par conséquent ruiner sa perception de la nouveauté. Il est crucial, particulièrement pour un joueur expérimenté, d’apprendre à respecter les jeux qui ont précédé tout en gardant l’esprit ouvert sur ceux qui vont arriver. Du moins, s’il est important pour vous de tirer le meilleur de votre hobby.

On peut aimer un jeu pour un tas de raisons, un bien-fondé légitime ou une expérience personnelle quelconque, mais ceci ne doit pas définir ou limiter notre capacité à en aimer de nouveaux. Dans mon monde, rien ne peut vraisemblablement concurrencer le sentiment de triomphe que j’ai éprouvé en sauvant Hyrule pour la première fois ou l’excitation que je ressentais en faisant rouler Sonic à la vitesse du son. Et ça me va. Je chérirai ces pépites d’excitation tout en faisant de la place pour d’autres. Cela peut se révéler être une tâche difficile, mais souvenez-vous que les trésors de votre enfance ne sont pas incompatibles avec les richesses d’aujourd’hui. Ne laissez pas la nostalgie ruiner votre avenir de joueur.

Article écrit par Taylor Stein, blogueuse américaine passionnée de jeux vidéo.

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